
ADAPTABILITÉ — Avec la généralisation du tri des biodéchets, les copropriétés doivent elles aussi s’adapter. Parmi les solutions possibles, le compostage collectif constitue une réponse concrète et utile, à condition d’être pensé en amont, organisé clairement et bien expliqué aux résidents. Par Sylvie Lenormand, journaliste (23/07/2026)
Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est généralisé en France pour les particuliers comme pour les professionnels, conformément au droit européen et à la loi AGEC. Les biodéchets comprennent notamment les déchets alimentaires (épluchures, coquilles d’oeufs, restes de repas ou encore produits périmés sans emballage), ainsi que les déchets issus de l’entretien des jardins. Selon l’ADEME, ils représentent environ 30 % des ordures ménagères résiduelles, soit près de 80 à 83 kg par habitant et par an. L’objectif est double : réduire la quantité de déchets et les valoriser pour produire du compost ou du biogaz, tout en limitant les émissions liées à l’enfouissement ou à l’incinération. En pratique, chaque ménage doit pouvoir disposer d’une solution lui permettant de séparer ses biodéchets du reste des ordures ménagères. Les modalités concrètes de mise en oeuvre dépendent toutefois des dispositifs proposés localement.
Compostage : une solution, mais pas une obligation
Depuis le 1er janvier 2024, l’obligation porte sur le tri à la source des biodéchets, et non sur l’installation systématique d’un composteur en copropriété. Il est donc important de distinguer l’obligation de tri du choix des moyens retenus pour y répondre. Le compostage collectif constitue une solution possible, mais non exclusive : selon l’organisation mise en place localement, les ménages peuvent aussi avoir accès à une collecte séparée, à un point d’apport volontaire ou à d’autres dispositifs de proximité proposés par la collectivité. En copropriété, le compostage collectif peut présenter un intérêt pratique et environnemental, mais il relève d’une démarche volontaire qui suppose une décision collective et une organisation adaptée. Lorsqu’une copropriété choisit cette option, le projet doit être préparé en amont afin de prévenir les nuisances et de garantir de bonnes conditions d’usage. Quant aux sanctions, il n’existe pas à proprement parler d’amende biodéchets, mais le non-respect des règles locales de collecte ou des consignes de tri fixées par la commune peut être sanctionné par une contravention de 2e classe, soit une amende forfaitaire de 35 €, portée à 75 € en cas de paiement tardif, dans le cadre général des infractions relatives à la collecte des déchets.
Selon le ministère de l’Écologie, chaque habitant jette en moyenne 83 kg de biodéchets par an. Ces restes alimentaires représentent 10 millions de tonnes de produits par an
Mettre en place un compostage collectif
L’installation d’un composteur collectif dans une copropriété concerne les parties communes de l’immeuble et à ce titre, le projet doit être présenté puis voté en assemblée générale. Dans un premier temps, l’idéal est de discuter du projet avec le conseil syndical et les résidents et de prévoir l’espace disponible pour installer des bacs de compostage : ombragé de préférence, accessible et ne risquant pas de provoquer de gênes ni de nuisances pour les résidents.
L’un des principaux freins au compostage au sein des copropriétés est le manque d’espace car le compost collectif implique trois bacs et le compost doit être retourné et humidifié régulièrement, nécessitant de la place disponible. Suivant l’ampleur des travaux et leur coût, la mise en place d’un composteur collectif doit être décidée à la majorité simple ou absolue (dans ce dernier cas, un second vote à la majorité simple est possible dans les conditions de l’article 25-1 de la loi du 10 juillet 1965). Lors de l’AG, le vote permet de fixer les modalités concrètes du dispositif : emplacement des bacs, conditions d’accès, consignes de dépôt, organisation du suivi, choix du référent « compost ». La réussite du compostage repose ensuite sur une organisation relativement simple mais qui doit être partagée. L’information des copropriétaires est une étape essentielle. Un référent désigné lors de l’assemblée générale doit délivrer des consignes claires, préciser quels types de déchets sont acceptés dans les bacs et ceux qui doivent absolument être évités, indiquer comment utiliser correctement le composteur. Des supports explicatifs, des réunions d’information ou des ateliers animés par des associations ou des acteurs locaux peuvent faciliter l’adhésion de tous et limiter les erreurs de tri.
Quel matériel et qui le gère ?
Pour composter en habitat collectif, trois bacs de 400 à 600 litres chacun sont généralement indispensables : un premier pour les restes alimentaires (reste de repas et épluchures), un deuxième pour la maturation du compost et un troisième pour stocker le broyat ou la matière structurante. Les feuilles mortes, les tontes séchées et les branches broyées constituent un excellent mélange pour maîtriser le processus du compostage. Il est donc possible de se rapprocher du prestataire qui entretient les espaces verts pour récupérer ce type de déchets. Si la copropriété ne dispose pas d’espaces verts, il est possible de se rapprocher des responsables d’espaces verts de la commune ou de prestataires indépendants qui s’occupent de jardins de particuliers en s’assurant d’une continuité dans l’apport de broyats pour éviter d’avoir à stopper l’apport de biodéchets. Certaines collectivités territoriales fournissent des bacs à compost individuels ou collectifs à leurs administrés, de manière gratuite ou à des tarifs avantageux. Si ce n’est pas le cas (il suffit de se renseigner à la mairie), la copropriété peut faire l’acquisition d’un composteur par ses propres moyens, auprès d’un magasin de vente de matériel de jardinage par exemple. Un résident peut tout à fait décider de se lancer dans le compostage individuel dans son appartement. Il doit juste respecter scrupuleusement les règles de compostage et disposer d’un matériel aux normes afin qu’aucune odeur ne vienne déranger les voisins. Il existe différents types de bacs à compost compacts qui s’intègrent parfaitement dans un espace réduit. Ils s’apparentent à des poubelles étanches réduisant les nuisances olfactives et sont parfois fournis avec un activateur de compost contenant des micro-organismes qui accélèrent la dégradation des biodéchets. En appartement avec balcon, l’utilisation d’un lombricomposteur est préconisée pour son efficacité maximale, la présence de vers accélérant le processus de compostage des déchets alimentaires. Au-delà de l’équipement lui-même, le compostage en copropriété suppose l’adoption de nouvelles habitudes. Plus les résidents comprennent l’intérêt du dispositif et ses règles de fonctionnement, plus l’initiative a de chances de s’inscrire durablement dans la vie de l’immeuble.
Que faire du compost ?
Dans le cadre d’un compostage collectif en copropriété, le compost est en général destiné à un usage local. En effet, la revente à des collectivités ou à des installations industrielles suppose des questions de traçabilité, de responsabilité et de conformité réglementaire non adaptées à l’échelle d’une copropriété. Si la copropriété dispose d’un jardin ou d’espaces verts, le compost peut être utilisé, après maturation, pour enrichir la terre, améliorer sa structure et favoriser la rétention d’eau. Il peut être épandu au pied des plantations, incorporé aux massifs, utilisé dans les jardinières communes ou mélangé à la terre lors de nouvelles plantations. Avant emploi, il est toutefois préférable de s’assurer qu’il est bien mûr : un compost prêt à l’usage présente un aspect homogène, une couleur sombre et une odeur de sous-bois. À l’inverse, s’il contient encore des déchets mal décomposés, il doit poursuivre sa maturation. Le compost produit peut aussi être stocké quelque temps dans un bac ou une fosse, à l’abri d’un excès de pluie, sous un couvercle ou un toit léger. Bien utilisé, il permet de limiter l’achat de terreau ou d’engrais pour l’entretien des espaces verts de la résidence, tout en donnant une utilité immédiate aux biodéchets triés sur place. Le compost peut aussi être mis à la disposition des copropriétaires (jardinières, balcons…). Un don ponctuel à un jardin partagé, à une association locale ou à un projet de végétalisation de proximité peut également être envisagé.
À NOTER
Informer les copropriétaires sur les dispositifs de tri
Le syndic joue un rôle d’informateur auprès des copropriétaires et des occupants sur les dispositifs de tri disponibles dans l’immeuble ou sur le territoire de la commune. En pratique, cette information peut porter, par exemple, sur les consignes d’utilisation d’un bac dédié aux biodéchets ou sur l’emplacement d’un point d’apport volontaire accessible à proximité.
BON À SAVOIR
Que mettre dans le bac de compostage ?
Dans le bac de compostage, on peut y déposer la plupart des déchets organiques du quotidien : épluchures de fruits et de légumes, restes de repas en petites quantités, produits périmés sans emballage, coquilles d’œufs écrasées, marc de café avec son filtre en papier, sachets de thé sans agrafe, fleurs fanées, plantes d’intérieur, essuie-tout, mouchoirs en papier non souillés par des produits ménagers, rouleaux de papier hygiénique, boîtes à œufs en carton déchirées, sciure ou copeaux de bois non traités, ainsi qu’un peu de cendre froide en faible quantité. Pour un bon équilibre, ces apports humides doivent être accompagnés de matière sèche, comme du broyat, des feuilles mortes ou du carton brun non imprimé en petits morceaux.
Avec modération…
Certains déchets peuvent être compostés, mais en quantité limitée ou avec quelques précautions : les agrumes, parce qu’ils sont acides et se décomposent plus lentement ; les noyaux, trognons durs, coquilles de crustacés ou coquilles de noix, qui mettent davantage de temps à se dégrader ; le pain, les pâtes ou le riz cuits, qui peuvent attirer des animaux s’ils sont déposés en trop grande quantité ; les végétaux fibreux ou très humides, qui gagnent à être coupés en petits morceaux. Les mauvaises herbes montées en graines, les végétaux malades, la viande ou le poisson sont généralement déconseillés dans un compostage collectif de copropriété, sauf si le dispositif est très bien suivi, car ils peuvent générer des odeurs, des déséquilibres ou des nuisances.
À bannir…
Doivent être exclus du composteur tous les déchets non organiques ou susceptibles de perturber le processus : plastiques (même présentés comme biodégradables), verre, métaux, textiles synthétiques, poussières et contenus de sacs d’aspirateur, couches, litières minérales, mégots, produits chimiques, bois traités ou vernis. Les huiles, sauces, aliments très gras ou très salés, ainsi que les grandes quantités de restes cuisinés sont également à écarter, car ils favorisent les mauvaises odeurs et attirent les nuisibles. En cas de doute, mieux vaut ne pas déposer le déchet dans le composteur et se référer aux consignes affichées par la copropriété ou par la collectivité.